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Être jeune, c'est dans la tête

il y a 10 minutes
2 min de lecture

Pour mes quarante ans, je me suis offert une cure de rajeunissement de choc. Oubliez le lifting, le botox ou le blanchiment des dents. Abandonnez à ses machines de torture la coach sportive. Tournez le dos à votre naturopathe qui voudrait vous refourguer du sirop de pissenlit et des bougies parfumées. Ma méthode à moi, elle m’a coûté un peu de place dans mon agenda et quelques démêlés administratifs, mais rien de plus. Depuis la rentrée de septembre, j’ai repris le chemin de l’école. Je me suis inscrite en tant qu’auditrice libre à l’université de Fribourg et j’ai retrouvé mes vingt ans !


A la rentrée des classes, un grand vent de souvenirs m’a secouée. Sac à dos trop lourd et mal ajusté sur les épaules, j’ai revécu l’inévitable jeu de piste pour trouver le bon bâtiment, le bon étage, la bonne classe. Surtout, ne pas paniquer et garder cet air blasé qui ne trompe personne si ce n’est mon égo. Arrivée devant l’auditoire tant cherché, vient alors la danse des coups d’œil timides à mes camarades, des calculs savants pour choisir où s’asseoir, des petits pas rampants pour atteindre une chaise pliée au milieu d’un rang de pupitres plus maigres que les sièges en classe economy. A rentrer le ventre pour m’asseoir tout en tentant désespérément de faire tenir mon sac entre mes jambes, je me rappelle pourquoi les étudiants sont de grands échalas et non pas des sportifs bodybuildés. La sélection est claire, à défaut d’être naturelle.


J’avais oublié l’intensité que peut prendre un poème obscur quand on a vingt ans !

Lorsque le professeur entre, je me réjouis de voir enfin quelqu’un de plus ou moins mon âge. Puis je me rends compte de ce que mes bien trop jeunes camarades doivent voir en moi et mon estime de moi en prend un coup. Sauf que mes camarades n’en ont rien à cirer de ma petite personne, trop occupés à se raconter leurs milles soucis et rêves de jeunesse. Il y a les fêtes passées ou à venir, les garçons, les filles, les engagements politiques, les crises existentielles. J’avais oublié l’intensité que peut prendre un poème obscur quand on a vingt ans !


Le brouhaha s’apaise lorsque le professeur prend la parole. Parole qu’il ne lâche plus pendant près de deux heures. Pas de bouton pause, pas moyen de couper la caméra pour aller se faire un café en douce. Deux heures rythmées par la voix de notre orateur et le cliquetis des claviers, sur un banc inconfortable et trop petit, mon sac à dos serré entre les jambes. Sur mon carnet de notes, je tente de fixer les dates, les noms et les concepts savants, redoutant la fatigue qui me rattrapera forcément avant la fin du cours. Je me demande si je n’aurais pas mieux fait de me payer cette cure de jus de pissenlit qui m’aurait rendu dix ans en dix jours. Le sourire éclatant de Cynthia en train de pousser de la fonte me manquerait presque. Mais je m’accroche et griffonne de plus belle. Après tout c’est bien connu, être jeune, c’est avant tout dans la tête.

 
 
 

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