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Rêverie d'été

  • 15 août
  • 2 min de lecture

On ferait comme si le monde n’existait plus. On éteindrait notre téléphone, on arracherait la ligne internet, on laisserait sur le meuble de l’entrée nos clefs, la petite monnaie et nos papiers d’identité. On se mettrait à parler une langue étrange et inconnue ou alors on embrasserait le silence. On trouverait un moyen de se nourrir d’air et de lumière et on partirait sans plus de bruit que celui de nos semelles sur les pavés.


On serait seul. Ou peut-être qu’on tolérerait un compagnon à quatre pattes, une brassée de plumes ou une mouche apprivoisée. Mais il n’y aurait pas d’autre humain. Personne comme nous. Ni frère, ni amie ni amant. On bannirait les miroirs pour oublier jusqu’à la forme même d’un visage. On perdrait la mémoire, en partie, volontairement, pour qu’enfin nos cerveaux cessent de valser.


On partirait à pied. Allégé de toute mécanique, de l’essence, des batteries, du gras de la chaîne du vélo et même des bâtons en alu qui rythment habituellement les pas. On porterait notre maison sur notre dos, au bout de deux bretelles usées, pas forcément solides, pas forcément confortables. Il faudrait faire des choix, entre les livres, entre les gadgets, entre les sources de ravitaillement. Les biscottes pèsent moins lourd que les raviolis en boîte. Sur les épaules, sur l’estomac aussi. Elles prennent plus de place cependant. Nourrissent moins bien les jambes. Et ce qui périt, moisit, coule, ramollit et flétrit, on l’abandonnerait sur un tas de compost improvisé.

On finirait par se déshabiller. Se mettre tout nu. Ça ne gênerait personne, puisqu’on serait seul et que le chien, l’oiseau et la mouche, n’ont jamais existés autrement qu’à poils.

On finirait pas se déshabiller. Se mettre tout nu. Ca ne gênerait personne, puisqu'on serait seul et que le chien, l'oiseau et la mouche n'ont jamais existés autrement qu'à poils. On offrirait autant que possible notre peau aux caresses du vent. Si la pluie daignait revenir, on se tiendrait tête levée et bouche ouverte sous les gouttes précieuses. La nuit, la fourrure de nos compagnons nous tiendrait chaud, ou un manteau de verdure, ou un rocher encore rayonnant du soleil emmagasiné durant le jour.


Quand on serait enfin allégé, enfin reposé, on plongerait la tête dans une grande bassine d’eau froide et on se frotterai les yeux pour retrouver la vue. En battant des paupières, on verrait : le lac qui frémit, les nuages qui dérivent, les maisons aux murs de pierres tranquilles. On prendrait le temps de compter les cailloux sur les sentiers forestiers et les corolles du liseron sur les barrières rouillées. On parlerait aux statues immobiles à l’entrée des portails ou juchée sur les fontaines.


Et quand un autre homme ou une autre femme finirait par surgir, au détour du chemin, on serait prêt. On ne fuirait pas, on n’aboierait pas, on ne rougirait pas. On serait là, tout simplement, on oserait un sourire et un murmure en signe de reconnaissance. On s’assoirait à l’ombre des arbres frémissants pour savourer ensemble ces longues journées d’été.

 
 
 

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