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Ignorer l'enfant au fond de soi

  • 15 juil.
  • 2 min de lecture

Vingt-trois heures quinze, mardi soir, vous sortez l’aspirateur du placard, déroulez soigneusement le cordon, fermez consciencieusement portes et fenêtres pour ne pas déranger les voisins, et vous entamez une session de ménage incongrue. Ce n’est clairement pas une heure appropriée pour se mettre à faire les à-fonds. Quand vous avez éteint la télé, c’était pour aller au lit et dormir enfin un nombre d’heures décent. Pourtant, vous vous gardez bien de protester face à cet élan de motivation rare et précieux.


Riche d’une longue expérience et résignée à n’avoir que peu emprise sur vos lubies et travers, vous savez qu’il est vain de vous opposer au gamin capricieux tapi dans votre tête. Inutile de vouloir lui faire entendre raison. Si c’est maintenant qu’il juge bon de se mettre à désencrasser sols et plafonds, après des semaines de jérémiades et d’excuses en tout genre, grand bien lui fasse. Le mieux que vous puissiez faire, c’est l’aider afin que ça aille plus vite tout en murmurant des excuses au chat qui a fui enclaquant la chatière derrière lui au premier son de l’aspirateur honni.

Vivre avec un mioche qui chante à tue-tête au fond de votre crâne, ça vous fatigue parfois, mais vous avez abandonné l’idée de le raisonner.

Vous avez entendu mille fois qu’il fallait écouter l’enfant qu’on a au fondde soi. Ce mantra usé qu’on ressort quand ça nous arrange, cetteinjonction à la spontanéité, l’émerveillement et la fantaisie. Vous l’avez fait vôtre malgré vous et appris que ce charmant bambin, il ne s’invoque pas sur demande. Il surgit quand bon lui semble, généralement au mauvais moment. Incapable de gérer le timing des pauses-pipi sur l’autoroute des vacances. Insupportable d’impatience quand la faim se fait sentir. Enthousiaste à ranger sa chambre uniquement lorsque sonne l’heure du dodo.


Ce dédoublement entre votre moi adulte, rationnel et réfléchi, et ce bout de chou adorable mais tyrannique, vous avez appris à en rire. A l’anticiper. Comme quand vos parents vous préparaient pour une randonnée, vous partez équipée pour tous les imprévus: un snack dans le sac, un pull dans la voiture, une carte mentale des points toilette. Parée à toutes leséventualités, vous vous prenez par la main et tentez d’apprivoiser cette voix intérieure qui semble ne jamais vouloir se taire. Il vous arrive parfois de lui répondre haut et fort, lorsqu’elle prend un peutrop ses aises. Occupée à tenter de raisonner ce diablotin personnel, c’est à peine si vous voyez les regards en coin du reste du monde qui vous prend pour une originale en plein monologue délirant.


Vivre avec un mioche qui chante à tue-tête au fond de votre crâne, ça vous fatigue parfois, mais vous avez abandonné l’idée de le raisonner. En faisant contre mauvaise fortune bon coeur, vous vous dites que la nuit sera courte, mais la maison rutilante à votre réveil. Et contrairement à ce qu’on vous rabâche, vous vous écoutez, mais d’une oreille seulement, histoire de maintenir vaguement le cap.

 
 
 

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