Araignée attrape-rêve
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
Au chaud sous votre couette, celle qui vous fait presque aimer la baisse soudaine des températures, vos paupières sont lourdes. Vous relisez pour la troisième fois la même phrase d’un roman qui n’arrête pas de vous glisser des mains. Vous vibrez au rythme des ronronnements du chat en boule à vos pieds. Le départ pour le pays des rêves est imminent et vous ne demandez pas mieux que de vous laisser embarquer. Avant de larguer les amarres pour de bon, vous jetez un dernier regard sur la chambre immobile. Erreur fatale !
Vous découvrez dans un cri une bestiole noire, poilue et dotée de bien trop de pattes sur le mur. Une araignée a pris ses quartiers entre l’armoire et le rideau. Et vos yeux qui ne demandaient qu’à se fermer se retrouvent braqués comme des projecteurs, incapables de se détourner de cette colocataire indésirable.
Vous tentez de vous raisonner. De vous répéter le mantra éternel des petites bêtes qui ne mangent pas les grosses.
Vous tentez de vous raisonner. De vous répéter le mantra éternel des petites bêtes qui ne mangent pas les grosses. De vous dire qu’il fait trop froid pour ressortir du lit, qu’il est tard, que votre amour de la nature devrait inclure celui des insectes, aussi répugnants soient-ils. Rien n’y fait. La cohabitation est inimaginable. Ce sera elle ou vous. Et vous excluez de classer l’affaire en la laissant se glisser derrière un meuble ou se camoufler sur le tapis à pois. Ce serait pire. Ne plus la voir, c’est imaginer ses pattes remonter le long de votre jambe ou se faufiler dans vos oreilles. Rien que d’y penser, ça vous démange.
Vous vous retrouvez donc en pyjama, perchée sur une chaise, un verre dans une main et une feuille de papier dans l’autre, à prendre votre élan en faisant des petits mouvements craintifs du bras jusqu’à vous décider à mettre la bestiole sous cloche. Vous réprimez le réflexe de fuite qui vous vrille les doigts lorsque vous la voyez s’agiter derrière le verre bien trop transparent. Retenez un haut le cœur en sentant ses pattes tambouriner sur la feuille plaquée entre elle et votre paume. Vous descendez de votre chaise en retenant votre respiration, paniquez devant l’impossibilité d’ouvrir la fenêtre avec vos mains pleines, tremblez de faire un faux mouvement et de vous retrouver avec cette grosse araignée vous courant le long des bras. Quand enfin vous arrivez à la jetez dans les WC et à tirer la chasse quatre fois de suite pour être sûre qu’elle ne remonte pas, vous êtes en nage, de l’adrénaline à revendre pulse dans vos veines.
Vous retournez vous coucher, mais sans plus le moindre espoir de dormir. Vous secouez vigoureusement votre couette pour faire fuir toute autre intruse, mais ne réussissez qu’à chasser le chat. Vous reprenez votre lecture, l’œil aux aguets et l’esprit enfiévré. Sur la page, les petites lettres noires grouillent et des ombres insaisissables dansent au plafond. Vous avez finalement gagné un aller-simple pour le pays des cauchemars.






















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