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Quand le travail vous laisse sur votre faim

  • il y a 2 heures
  • 2 min de lecture

Comme il est épuisant de faire semblant de travailler! Rien que ce matin, vous avez lu avec la plus grande attention les cent huitante-six pages du manuel d’utilisation de votre logiciel. Vous avez hésité pour la centième fois à vous remettre à fumer, histoire d’avoir une excuse pour quelques allers-retours jusqu’à l’arrière-cour. En personne raisonnable, vous avez plutôt opté pour refaire toutes les étiquettes des classeurs avant d’aligner ces derniers au millimètre près sur une étagère méticuleusement époussetée. Ça vous a occupé jusqu’à la pause de midi tout en vous donnant l’air d’être un parfait employé. Sérieux, autonome, soigneux. Les apparences sont sauves. Mais à l’intérieur, bonjour les dégâts.


caprice de privilégier


La tension constante entre un ennui profond, un sentiment d’inutilité tenace et la peur de se voir accusé d’oisiveté est une souffrance que vous ne voyez pas comment faire cesser. Caprice de privilégié, mauvaise foi,mensonge ou vantardise; vos collègues ne sont pas tendres envers ceux qui ont le malheur de signifier leur désoeuvrement. Et vous voici non seulement en manque de stimulation, mais incompris et contraint ausilence. Car comment avouer que, tout compte fait, vous êtes payé à ne rien faire? Dans une société obsédée par la rentabilité et l’efficience, ce serait le comble!

Comment avouer que, tout compte fait, vous êtes payé à ne rien faire ?

Vous n’êtes pourtant pas le seul à jouer à ce jeu du chat et de la souris. A vous inventer des occupations pour masquer le vide de votre emploi, à traîner des heures à la machine à café pour tuer le temps, à surfer silencieusement sur internet, un fichier Excel à portée de clic pour couvrir vos coupables tentatives de divertissement.

La solution serait de demander plus de travail, ça paraît logique. Sauf que vous avez vite compris que le premier qui l’ouvre risque de se transformer en sous-fifre à tout faire. Comme dans tout organisme, les entreprises ont une parfaite capacité à assurer le bon déroulement des activités vitales, laissant les inutiles et les surplus de côté. Jusqu’à ce qu’une bonne poire commette l’erreur de s’annoncer.


une montagne de rien


Et voilà que les tableaux abscons, les paperasses refoulées et les stocks depuis longtemps passés de date refont surface. Et l’idiot trop efficace,loin de récolter les fruits de ses capacités, se voit confier une montagne de rien. L’ennui prend une autre forme, mais reste tenace. Le sens déjà ténu de votre présence dans ce lieu menace de disparaître pour de bon.


Les nutritionnistes passent leur vie à répéter qu’il faut alimenter convenablement un corps pour qu’il développe son plein potentiel. Peut-être que le monde professionnel devrait s’en inspirer. Aulieu de servir des miettes graillées dans les placards aux méninges affamés, il conviendrait de leur composer des menus rassasiants et alléchants.

Car un cerveau bien nourri, loin de rechigner à la tâche, est capable de bien des prouesses et ne demande pas mieux que de se mettre autravail.

 
 
 

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