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La promesse d'un grand nettoyage de printemps intérieur

  • il y a 4 jours
  • 2 min de lecture

Votre jeûne vous le prendrez avec ou sans eau? Agrémenté de jus de fruits ou nature? Dans un esprit de détox ou de quête spirituelle? L’offre qui s’affiche sur l’écran de mon ordinateur est plus variée que le contenu de mon frigo. Il y a les séjours dans des cliniques huppées qui se gardent d’afficher leurs prix. Les retraites promettant harmonie et guidance aux relents new age. Les coachs privés, les Docteurs Machin et les Madames Nutritionniste. Qui aurait pensé qu’un concept se résumant à ne pas manger puisse développer un business aussi rentable?


C’est une formule «prête à l’emploi» et livrée en 48 heures qui me séduit. Parce que, saisie d’une étrange lubie, je me dis que passer les cinq prochains jours sans manger réglera tous mes problèmes. Parce que la femme sur la photo a l’air drôlement plus épanouie que moi en ce matin grisâtre. Parce qu’il existe un pack Wellness commandable en deux clics. Parce qu’il faut agir vite, avant de changer d’avis.


Comme lors de toute nouvelle résolution, les deux premiers jours sont les plus simples. Le mental est fort, les protestations intérieures balayées. Je suis à la lettre les recommandations du petit livret qui me sert de guide : litres de tisane dûment infusée, exercices de yoga en ligne avec une caricature de prof en leggins au charmant accent suisse allemand et documentaire édifiant sur les bienfaits de ce grand nettoyage de printemps intérieur.

Le troisième jour, c’est le moral qui plonge dans le vide abyssal de mes intestins

Ma superbe en prend un coup quand, au milieu de la seconde nuit, mon corps affolé me fait connaître son désaccord. Palpitations, maux de tête et bouche emplâtrée. Je me lève trois fois pour étancher une soif tenace et me brosser les dents à en user l’émail. Mes passages aux toilettes ont l’odeur d’un lendemain d’orgie d’asperges. Je tente de me convaincre que c’est la fameuse détox en action, mais reste incapable à retrouver le sommeil.


Le troisième jour, c’est le moral qui plonge dans le vide abyssal de mes intestins. Je me traîne et remet sérieusement en question mon choix de vie du moment. Je m’encourage à siroter mon jus de tomate sans sel tout en scrollant sur mon écran d’un pouce mou. La nuit et le jour suivants, les grognements de mon estomac se taisent, mais mes pensées virent à l’obsession. Des images de tartes au fromage et de lasagnes tournent en boucle devant mes yeux. Mes tripes ont pris le contrôle de mes neurones et, terrassée sur le canapé, une bouillotte sur le foie et une tisane tiède à portée de main, je suis à deux doigts de craquer.


Lorsqu’au matin du sixième jour, je mets un terme à cette aventure éprouvante, je refais surface comme après une bonne montée de fièvre, un peu groggy, mais contente d’avoir survécu. La réconciliation de mon corps et de mon esprit a la blancheur d’un drapeau de paix et le goût d’un yogourt nature. J’ai enfin l’impression de sentir l’harmonie tant désirée se rapprocher.

 
 
 

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