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Une passion lente mais tenace

7 sept.
2 min de lecture

La première fois, c’était avec un petit noiraud, son voisin, son copain d’enfance. Elle avait dit oui, pour lui faire plaisir, sans trop y penser. Si elle avait dit non, son histoire aurait été bien différente, elle s’en rend compte. Mais elle avait dit oui et c’est pour ça qu’elle en était là aujourd’hui.


Elle se rappelle l’avoir suivi jusqu’au vieux hangar en tôle ondulée. Il y faisait chaud. L’air sentait la poussière et la transpiration. Il avait enlevé son pull sans plus de cérémonie et il n’avait pas fallu longtemps avant qu’elle en fasse de même. Lorsqu’il s’était mis à s’agiter, elle n’avait pas bien compris. Elle l’avait imité au mieux, attentive et appliquée.

Ça n'avait pas duré longtemps. Il faisait vraiment chaud et l’odeur de la sueur lui piquait le nez. Lorsqu'il s’était arrêté, elle avait souri vaguement en attendant qu’il rassemble ses affaires. Quand il avait demandé: alors ? Elle avait souri un peu plus. Ça avait semblé le satisfaire.


Peu après, il avait voulu remettre ça. L’envie était là, dans ses yeux brillants, dans son corps jeune agité d’impatience. Pourquoi refuser ? Elle s’ennuyait, seule chez elle. Elle ne voulait pas le décevoir et qu’il se tourne vers quelqu’un d’autre. Elle l’avait suivi à nouveau au hangar métallique.


Ce jeu, étrange, elle ne le maîtrisait pas. Elle ne savait pas encore donner le change. Elle n’y mettait pas beaucoup du sien et il l’avait bien vite vu. Pour ne pas le perdre, elle avait redoublé d’efforts.

Ce jeu, étrange, elle ne le maîtrisait pas. Elle ne savait pas encore donner le change. Elle n’y mettait pas beaucoup du sien et il l’avait bien vite vu. Pour ne pas le perdre, elle avait redoublé d’efforts. Elle s’était résolue à se donner corps et âme.


Le corps, c’était facile. Elle était jeune, vive, forte. Il lui suffisait d’une tenue appropriée pour emballer sa chaire prête à l’action. L’âme, ce n’avait pas été difficile non plus. Elle avait déjà décidé qu’elle ne lâcherait pas l’affaire. Sa volonté ne faiblirait pas. Il ne lui restait qu’à apprendre. A s’améliorer. A pratiquer.


Il était insatiable, elle avait pris le rythme. A deux, à trois, à quatre. Tous en même temps ou l’un après l’autre. Sur une moquette synthétique à l’abris des intempéries. Au son des crissements du sol bariolé d’une salle de gym désertée. Sur une terre battue, ocre et sèche, dont la poussière traçait sur leurs corps de longues traînées sales. Sur un parterre de gazon vert tendre et parfaitement nivelé.


Lorsque finalement son compagnon s’est détourné, elle est restée fidèle. Mais, avec lui, tous les autres hommes ont disparu. Elle n’a plus que joué avec des femmes. Même si elle aurait pu, pour quelques années encore, suer dans des joutes mixtes, elle a pris la tangente. Les jeux sont devenus des combats. Les rencontres sont devenues des tournois. Les équipières sont devenues des adversaires.


La victoire est à portée de raquette. Elle se battra aujourd’hui pour le premier grand Chelem de sa carrière. Elle est prête. Derrière ses paupières un instant fermées, les yeux brillants de son petit voisin accompagnent son premier service.

 
 
 

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