Etes-vous prêt à adopter un comptable?
- eloisevallat
- il y a 6 jours
- 2 min de lecture
On se les représente avec des lunettes. Plutôt solitaires, volontiers asociaux, planqués derrière un écran ou une liasse de feuilles couvertes de pattes de mouches. Dans les films, ce sont des personnages fantasques ou pathétiques, parfois élevés au rang d’antihéros, intéressants uniquement à travers leur étrangeté. On croit déceler à leur approche une odeur perpétuelle de renfermé, d’encre, de papier, de café. On a toujours envie de les encourager à aller prendre l’air, ou au moins, à ouvrir une fenêtre pour renouveler l’oxygène de leur tanière.
On se méfie toujours trop ou pas assez des comptables
On a de la peine à savoir s’ils nous font peur ou pitié avec leurs yeux rouges et leur teint blafard. On ne comprend pas bien ce qu’ils font, à quoi ils emploient leurs jours et leurs semaines, à fixer le vide ou un tableau Excel. On redoute cependant de leur poser la question de peur qu’ils ne se lancent dans d’obscurs exposés dont on ne comprendra pas la moindre miette. Sous leurs allures d’enfants sages, ces gens-là sont des passionnés. Une fois lancés, rien ne les arrête, mieux vaut ne pas les provoquer.
Des êtres tatillons
Et puis, qu’est-ce qu’ils peuvent être tatillons! Une virgule de travers ou un point manquant et les voilà qui s’enflamment! Pour nous, c’est peut-être une petite faute de rien du tout, mais pour eux, c’est une question qui touche au fondement même de l’univers. La ponctuation et les décimales, c’est le souffle de vie de leur travail et les hoquets peuvent être lourds de conséquences. Pour un détail que jamais personne ne remarquera, ils sont capables de nous récrire l’Histoire, celle avec un grand H, sans décoller les fesses de leur chaise de bureau. Une colonne mal additionnée ou un zéro de trop dans la dette d’un pays, tout de suite, ça change tout.
On se méfie toujours trop ou pas assez des comptables. On se borne à les prendre pour des extraterrestres ou des emmerdeurs. On les évite le plus souvent possible et, s’ils ont atteint le grade suprême de contrôleur des impôts, on transpire rien qu’à l’idée qu’ils s’intéressent à notre existence et ne se découvrent une passion pour nos petits arrangements à sens unique avec le fisc.
On leur envie pourtant leur connaissance de cette langue de l’argent et des chiffres qui fait tourner le monde. La mise au pas de ces plus et de ces moins qui, face à nous, font preuve d’une indiscipline agaçante et refusent d’entrer dans les cases. La maîtrise de ce vocabulaire mathématique qui, avec nos fautes de prononciation et notre accent provincial, provoque un sale bruit de friture dans nos communications avec notre banquier, notre caisse-maladie et nos factures d’électricité.
Alors quand on se laisse aller à des rêves fous de jackpot et d’héritage, on se prend à penser avec une certaine angoisse: se verra-t-on contraint d’adopter un comptable le jour où l’on sera enfin riche?

























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