La mécanique du bonheur
- 22 juin
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Chaussures de marche hi-tech. Baskets de courses criardes. Bâtons télescopiques. Boissons vitaminées. Application météo, géolocalisation et podomètre. Vous avez tout essayé, sincèrement, carte de crédit en surchauffe à l’appui. Mais, rien n’y fait. La béatitude accordée aux randonneurs et aux joggeurs reste pour vous inaccessible.
Ce fameux repos de l’esprit que vos amis, de retour des sentiers de Compostelle, prétendent à portée de main. Le bonheur d’une mécanique physique rodée et endurante que le voisin prêche entre deux foulées chaque matin en passant devant chez vous. La méditation et le détachement que promettent les publicistes à grands coups de marmottes et d’Edelweiss. Autant vous parler chinois ou vous demander d’apprendre la physique quantique. Vous, vous n’avez jamais rien trouvé que des graviers dans les chaussures, un coup de soleil sur le nez et un point decôté. Fatiguée dès le premier kilomètre, n’ayant en tête que l’arrivée.
Après des années d’acharnement, vous avez revendu votre collection de baskets neuves et remisé les bâtons hors de prix au fond de la cave. Vous étiez prête à capituler, ravalant votre honte et acceptant votre incompétence sportive. Et pourtant, miracle! Vous avez été sauvée de la paresse et de la décadence par un fougueux destrier, sans aucun besoin de prince charmant. Vous vous êtes mise à la randonnée à vélo électrique.
Fini l’angoisse de la montée et les genoux bousillés à la descente.
Là où les sangles d’un sac à dos forcément trop plein vous sciaient les épaules, deux énormes sacoches s’appuient sans gêne sur le porte bagage robuste. Là où, dans les jours de grande forme, vous programmiez une dizaine de kilomètres, vous multipliez la distance par cinq et vous vous reprochez votre manque d’ambition une fois arrivée, à peine fatiguée et avide de plus. Là où votre sens de l’orientation légendaire vous faisait prendre le Sud pour le Nord et vous donnait des sueurs froides à l’idée de devoir rebrousser chemin, vous riez de bon cœur et faites demi-tour d’un coup de pédale joueur.
Fini la peur des chiens de ferme que vous ne faites qu’entrevoir. Fini l’angoisse de la montée et les genoux bousillés à la descente. Fini la frustration de mettre des heures à parcourir une distance qu’un bus fera en quelques minutes pour vous ramener à votre point de départ. Exit le jaune agressif des panneaux pour un bleu clair rassurant qui vous convient bien mieux.
Quand vous croisez des cyclistes, des vrais, juchés sur des engins aussi fins que leurs mollets sont gros, vous vous sentez un peu nulle. Syndrome de l’imposteur qui se voit recalée en sportive du dimanche. Malaise de la plus toute jeune qui en a marre de souffrir mais n’assume pas totalement d’être assistée par un moteur qui, avouez-le, fait la plus grosse partie de l’effort. Avec votre casque de travers et des habits de touriste, vous ne ressemblez à rien. Qu’à cela ne tienne! Le vent en pleine face et les guiboles dansantes, c’est à votre tour de croquer à pleines dents un bout du paradis promis.






















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