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Mensonge

November 20, 2018

Ton existence a commencé par un mensonge. Je suis désolée, mais je n’en suis pas désolée.

De toute manière, quelle était alors pour toi la différence entre mensonge et vérité ? Pour ce que j’en sais, cachée dans une caverne sombre et humide, tout notre monde devait à ce moment être un mensonge pour toi. Il n’existait que le ventre doux qui te portait, les sons étouffés qui bourdonnaient à tes oreilles. Une sensation de flottement peut-être.

M’aurais-tu crue si je t’avais parlé de voiture, d’agenda, de rendez-vous et de pluie froide ? Comment aurais-je pu te décrire le goût et l’odeur du café ? La dureté des souris polis ? La chaleur des ordinateurs que l’on n’éteint jamais ? Tu n’aurais pas compris un traitre mot de tout cela. Je n’aurais pas pu t’en démontrer la vérité, car ces choses ne faisaient pas partie de ton monde. Mais toi, tu faisais déjà un peu partie du mien et tu étais là au moment opportun. Le mensonge a éclos presque sans que je m’en rende compte.

Je ne t’ai pas menti à toi, qui n’en avais cure. Mais par toi. Je t’ai utilisée. Une histoire de rien du tout. Un tour de passe-passe pour substituer un cours fastidieux à une soirée débridée. J’ai dit au premier : « Je suis désolée, mais ma tante vient d’accoucher, je me rends à la maternité ! ». Au second, j’ai crié victoire : « C’est bon, je me suis libérée pour ce soir ! ».

Tu n’y pouvais rien, mais tu as été l’objet central de cette mascarade. Toi qui n’avais rien demandé à personne et ne verrais pas notre monde avant de longues semaines. Toi qui dormais, gigotais ou rêvais au chaud d’un vendre rond. Tu m’as servie d’alibi. Et pour moi, ta vie a commencé.

De t’avoir égoïstement conjurée pour quelques bières fraîches et un lendemain au goût de papier mâché, je t’ai donné corps dans mon esprit. J’ai imaginé, sans le vouloir, tes yeux chiffonnés et tes jambes de grenouille. Je t’ai vue me regarder intriguée, silencieuse. Je parlais de toi et toi, tu grandissais en moi. Je ne connaissais même pas ton nom, mais il est devenu solide.

De présence confuse, tu es devenue une personne. Un être de chair et de sang qui vit, agit, reçoit et donne. Un être qui grandira, apprendra à parler. A dire des mensonges aussi. Sans méchanceté, mais parce que c’est pratique. Il y a la réalité, puis celle qu’on imagine. Et parfois, il est tellement plus facile d’imaginer que de faire avec ce qui est.

Le mensonge est depuis dépassé. Moi seule m’en souviendrai. Toi tu es là, tu es le présent. Et l’avenir aussi. Tu ne sauras jamais que tu m’as aidée avant même d’être née. Et que tu es née en moi avant de naître au monde.

Il y a des mensonges qui en valent la peine. Ils permettent de mieux exister.

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