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Rien que du vent

May 31, 2018

Ça fait cinq jours que je moisis sur la lande éternellement verte de cette campagne féérique. J’en ai marre du soleil qui baigne la terrasse du matin au soir. Marre du gazouillis des oiseaux. Du régime de fruits mûrs et de fromage frais. Du silence.

 

C’était une grossière erreur que de vouloir me retirer du monde pour savourer ces dix jours de congé. Sans le bruit de la ville. Sans excès d’alcool. Sans ordinateur. Internet. Téléphone. Je vais mourir d’ennui ou me dissoudre pour rejoindre la poussière qui danse dans la lumière.

 

Alors, lorsque David m’a proposé un pic-nic sur la colline, je n’ai pas pu résister. Chaque matin, ce brave voisin de fortune tente sa chance. Je le vois s’avancer à travers le pré, les bottes humides de rosée, pour venir toquer à ma porte. Il a tenté de m’amadouer avec un café, des paroles gentilles et des douceurs. Une cour maladroite, mais charmante. Je sais que je lui plais. Lui ne me plaît pas. Il ne me déplaît pas non plus.

 

C’était mesquin de ma part : céder à ses avances pour tromper ma solitude. Mais au stade où j’en étais, j’aurais suivi le diable-même pour échapper à cette prison dorée.

 

Nous nous mettons en route sans plus attendre. Moi, silencieuse. David, heureux comme un gamin, remplissant le vide de paroles désordonnées. Sa joie fait peine à voir, mais sa voix, chantante, est agréable.

 

Il nous fait gravir une colline douce sur laquelle se dresse un chêne solitaire. Nous nous asseyons à l’ombre du feuillage touffu, entre les racines centenaires. Une odeur de terre humide et d’herbe écrasée me chatouille le nez. De notre perchoir, j’aperçois la maison aux murs d’un blanc éclatant que j’ai eu la curieuse d’idée de louer. Puis le hameau aux toits de tuiles que les autochtones ont le culot d’appeler la Ville.

 

David déballe les tristes trésors qu’il a empaquetés dans un vaste panier en plastique. Du pain, des raisins et une truite fumée. Je voudrais vomir sur cette mièvrerie innocente. Seule la bouteille de vin qui luit d’un rouge ambré me retiens de piétiner la couverture élimée.

J’insiste pour que nous trinquions séance tenante. David me sert obligeamment. Il déguste du bout des lèvres pendant que j’avale la bouteille entière. Il ne dit plus rien. Je me sens mieux.

 

Le vent se lève. Etrange. C’est la première fois que je réalise que la mer n’est qu’à quelques kilomètres. Des effluves de sel et d’algues nous font tanguer. Le souffle frais me fait frissonner. Attentif, David se rapproche. Son corps, large, me protège. Je sens qu’il s’est crispé. Je devrais le repousser, mais le vent forcit et le vin chauffe mon sang. Il me reste cinq jours avant d’échapper à cette terre monotone. Pourquoi s’inquiéter ? Que peut-il se passer en cinq jours qu’un retour à la réalité ne saurait défaire ?

 

Lorsque j’y repense, je soupçonne le vent d’avoir tout manigancé. David. Le vin. Le chaud et le froid. Et maintenant, cet enfant qui grandit dans mon ventre, le gonfle d’un souffle nouveau. Je l’appellerai Eole, quoi qu’en dise son père. Il sera danseur ou parapentiste. Nos vies appartiennent à l’éther.

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